The Rolling Stones est un groupe de
rock britannique formé en 1962 à Londres, par le leader original Brian Jones et le pianiste Ian Stewart. Ils sont ensuite rejoints par le
chanteur Mick Jagger et
le guitariste Keith
Richards[1]. Le bassiste
Bill Wyman et le batteur Charlie Watts complètent la formation
originale. Jagger et Richards constituent rapidement un duo
d’auteurs-compositeurs et prennent peu à peu la
direction du groupe en lieu et place d’un Brian Jones de plus
en plus erratique. Ian Stewart, jugé peu apte à jouer les idoles
des jeunes selon les préférences de l'époque, est renvoyé du groupe
en 1963 mais continuera à travailler avec les
Stones comme road manager et claviériste jusqu’à son décès en
1985.
Le nom du groupe vient d'une chanson de Muddy Waters, Rollin' stone. Le
blues a toujours été la source d'inspiration
principale des Stones, qui ont été l'un des principaux acteurs du
retour de cette musique sur le devant de la scène, à travers le
British Blues Boom. Les premiers
enregistrements des Rolling Stones sont des reprises de blues et de
rhythm and blues américains. Après avoir
rencontré le succès au Royaume-Uni,
ils deviennent populaires aux États-Unis
durant la « British
Invasion » (initiée par les Beatles) du milieu des années 1960. Leur
single de 1965,
(I Can't Get No) Satisfaction fait connaître les
Stones dans le monde entier.
A partir de 1966 et de l’album
Aftermath, les chansons de Jagger et Richards,
embellies par les expérimentations instrumentales de Brian Jones,
développent une diversité stylistique qui restera présente
jusqu’à nos jours. Jones meurt noyé dans sa piscine en
juillet 1969, peu de temps après avoir été renvoyé du groupe. Il
est remplacé par Mick Taylor. Lequel participe à
l'enregistrement de cinq albums studios avant de quitter les Stones
en 1974. L’ancien guitariste des Faces,
Ronnie Wood,
prend sa place et la conserve depuis lors. Bill Wyman
quitte à son tour les Stones en 1993. Le bassiste Darryl Jones rejoint alors le groupe sans en
devenir un membre officiel.
Les Rolling Stones ont publié 22 albums studio au Royaume-Uni
(24 aux États-Unis), 8 albums live (9 aux États-Unis) et
un grand nombre de compilations. En 1990, le groupe estime avoir
vendu plus de 200 millions d’albums dans le monde[2]. En 1971,
Sticky Fingers débute une série de huit
albums studios consécutifs qui atteignent la première places des
hit-parades, des deux côtés de l’Atlantique. Leur dernier
disque original, A Bigger Bang, est sorti en 2005. Les
Stones ont été classés N°4 dans la liste des 100 plus grands
artistes de tous les temps du magazine Rolling
Stone.
Les Rolling Stones sont entrés au
Rock and Roll Hall of Fame en 1989, et Mick Jagger a été
anobli par
la reine d’Angleterre en 2003. Leur image
véhiculée dans les années 1960 de « mauvais garçons »
rebelles et hargneux est une référence majeure pour les générations
de musiciens rock qui les ont suivi.
Les débuts
En octobre 1960,
Mick Jagger et Keith
Richards, deux amis d'enfance — ils ont fréquenté
la même école depuis leur maternelle —, qui s'étaient un peu
perdus de vue, se retrouvent sur le quai de la gare de Dartford. Mick a des disques avec lui, dont le
Best of Muddy Waters, ce qui incite Keith à venir lui
parler. Mick invitera Keith à le rejoindre dans son groupe tout
juste naissant, Little Boy Blue & The Blues Boys.
Keith viendra avec son ami Dick Taylor,
qui créera en 1963 les Pretty Things. Brian
Jones, grand amateur de blues, joue déjà avec le
pianiste Ian
Stewart. Tous deux fréquentent assidûment le Ealing
Club, un club de jazz de la banlieue
ouest de Londres, dans lequel Mick Jagger, en plus de
son petit groupe, y chante aussi dans les
Blues Incorporated
d'Alexis Korner, qui ont pour batteur Charlie Watts. Brian Jones sera l'artisan de
leur rencontre ; le blues et le r'n'b en seront les
fondations.
Après un hiver difficile pour Mick, Keith et Brian, passé en
colocation avec un certain
James Phelge[5] au désormais
célèbre 102,
Edith Grove à Londres, avec
comme ultimes ressources les maigres cachets de quelques petits
concerts[6], les Stones sont
enfin prêts à devenir pro. C'est à cette période que Philip Townsend fait les photos dont les
clichés circuleront à travers les plus grandes galeries du monde
comme les premières photos des Stones.
Le premier concert des Stones se passe au Marquee à Londres, le 12 juillet 1962. Le groupe est
alors composé de Brian, Mick,
Keith, Ian
Stewart au piano, Dick Taylor à
la basse et Mick Avory à la
batterie. Taylor partira ensuite former les Pretty Things. Le poste de batteur est
toujours aléatoire, oscillant entre
Tony Chapman et Mick Avory. Les Stones cherchent un
bassiste. En
décembre 1962, Tony Chapman leur
présente Bill Wyman, au Red Lion Club[7] qui leur plaît
immédiatement, peut être grâce à ses amplis, denrée rare à
l'époque, mais aussi grâce à ses capacités : il est plus âgé
de 7 ans que Mick et Keith, et joue déjà depuis de nombreuses
années dans son groupe les Cliftons, avec Tony Chapman,
tout en étant amateur. Les batteurs des Stones étant trop
instables, Charlie Watts, qui connaissait bien Mick pour avoir joué
avec lui, se joindra à eux définitivement en
janvier 1963, laissant sa place au sein des Blues
Incorporated à Ginger Baker.
En mars de la même année, ils enregistrent à l'IBC Studio
de
Portland Place, à Londres, une démo, avec comme
ingénieur du son le futur mythique Glyn Johns,
composée de reprises de r'n'b[8]. La première
photographie du groupe en concert, prise par Dezo Hoffmann, date du 4 mai 1963 : Mick,
Charlie, Brian, Bill et Keith (seuls visibles) participent à un
gala de bienfaisance organisé par le journal News of
the World à Battersea[9]. Les Stones
joueront régulièrement au Ealing Club, puis au
Crawdaddy, club que vient d'ouvrir Giorgio Gomelsky. De quelques dizaines de
spectateurs, l'audience passe rapidement à plusieurs centaines,
dépassant les capacités de la salle.
Andrew Loog
Oldham, jeune publicitaire de 19 ans, qui a déjà
travaillé avec Brian
Epstein, Bob Dylan et
Little Richard, associé au manager
Eric Easton, ne rêve que de rencontrer et manager
« ses » Beatles, qui
viennent de sortir Love me do. Dans son parcours des clubs
de Londres, il entre un jour au
Crawdaddy[10], et voit les
Stones. C'est la révélation, il sera leur manager : il signe
avec eux un contrat de management dès le lendemain, le 29 avril 1963[11].
Avec leur nouveau manager, leur carrière décolle. En 1963, la
maison de disque Decca
Records et son Directeur artistique (A&R)
Dick Row, célèbre pour avoir refusé les Beatles[12], leur fait
enregistrer leur premier single[13], avec, sur la face
A, une reprise de Chuck Berry,
Come on[14] et, sur la face B,
I want to be loved de Willie Dixon.
Ce premier disque leur permet d'entrer discrètement dans les
charts britanniques, et de se faire remarquer par la
presse. Un deuxième single sort avec, en face A, un titre
composé par John Lennon et
Paul McCartney, I Wanna Be Your Man[15], et en face B un
instrumental : Stoned[16].
Ils font leur première apparition TV dans l'émission Thank
your lucky star de Pete Murray. Leur look, pourtant si
conventionnel de nos jours, paraît outrancier. Leurs cheveux
longs[17] font
scandale ; ce look original et leur attitude parfois
méprisante donneront des idées à Andrew Loog Oldham.
Afin de se démarquer des Beatles apparus un peu plus tôt et dont
la popularité est exceptionnelle, le jeune manager des
Stones leur crée une image de « mauvais
garçons ». En opposition aux allures de « gentils
gendres » des Fab Four, Jagger et sa bande cultivent
leur différence, refusant très rapidement le
costume-cravate[18], insistant sur leur
chevelure, et défraient la chronique par leurs frasques[19].
C'est à cette époque que Brian Jones commence à manquer quelques
concerts pour des raisons de santé, et à se perdre dans ses
conquêtes féminines et leur conséquences[20] ; il a déjà
deux enfants[21]...
Leur carrière prend enfin un tournant définitif. Les concerts
deviennent quotidiens, Bill Wyman et Charlie Watts quittent leur
emploi[22] pour intégrer les
Stones à plein temps, Mick Jagger laisse tomber ses études,
l'appartement à
Edith Grove abandonné, Keith, Mick et Andrew habitent
ensemble dans un nouveau logement. Ce dernier fait sera le point de
départ d'une nouvelle collaboration ; Andrew obligera Mick et
Keith à travailler ensemble, à l'image de McCartney et Lennon, à
l'écriture d'un titre pour les Stones. Ceux-ci lui soumettront
As Time Go By que le manager renomme immédiatement As
Tears Go By et qui est un succès.
L'envol de 1965
Cependant l'opposition de style entre les deux groupes est le
résultat d'un marketing de différenciation alors que leur parcours
musical est parallèle : influences communes du rock'n'roll et du r'n'b ; Mick Jagger et Keith Richards
décollent enfin comme compositeurs, tout d'abord avec The Last Time, puis (I
Can't Get No) Satisfaction, suivis par
As Tears Go
By, Get Off of My
Cloud et 19th
Nervous Breakdown. Néanmoins, les textes des Stones
se différencient beaucoup des Beatles par leur contenu. Si les Fab
Four signent des bluettes bien sentimentales et innocentes (du
moins à leurs débuts), les Stones se distinguent par leur ton
ironique et sarcastique sur la société et leurs rapports aux
femmes, parfois qualifiés de sexistes. Les Rolling Stones
introduisent à partir de leur 1er chef-d'œuvre Aftermath (en particulier sous
l'impulsion de Brian Jones) des influences psychédéliques et la
musique indienne (on peut notamment rappeler le sitar de
Paint It,
Black, la dulcimer sur Lady
Jane ou les marimbas de
Under My
Thumb). L'album Between the
Buttons continue sur la même lancée avec la flûte
mélodieuse de Brian sur Ruby
Tuesday mais contient aussi des morceaux de rock
comme Let's Spend the Night Together et
Connection et des influences « music-hall ».
1966 sera
l'année des dernières tournées avant un grand break :
ils avaient tourné de façon ininterrompue depuis leurs débuts,
donnant entre 250 et 300 concerts par an. Après leur cinquième
tournée américaine et la huitième britannique, toutes deux en 1966,
les Stones s'accordent du repos. Mick Jagger tournera un film
(Performance, avec Anita Pallenberg), Bill Wyman fera de la
production, Brian Jones composera une bande originale de film.
L'album Their
Satanic Majesties Request sort en décembre
1967 et
porte largement la « patte » expérimentale de Brian
Jones. Il n'aura sur le moment qu'un succès mitigé, déconcertant
par son côté « planant » quelques fans du blues pur et
dur. Deux titres toutefois émergent ; She's a Rainbow et 2000 Light
Years from Home. La couverture de l'album innove en
présentant une photo du groupe en « relief » sur film
gaufré. La photographie fait un peu ciller, et pour cause :
l'œil gauche du spectateur y voit Brian Jones de face tandis
que le droit le voit de profil. Cette expérience ne sera pas
reprise sur les rééditions vinyle, ni CD, de l'album. Interrogé sur
celui-ci, John Lennon
commente ironiquement ; « Les
Stones font tout six mois après nous » (Sgt.
Pepper était sorti en juin). C'est une pique
amicale et non une déclaration de guerre ; John Lennon et Mick
Jagger ont déjà, et conserveront, les meilleures relations qui
soient dans le civil.
1967 voit
la première arrestation de Mick Jagger et de Keith Richards pour
possession de drogues. Vite relaxés, ils ne feront pas de prison,
sinon les quelques jours d'attente de leur comparution. Le
quotidien The Times
viendra d'ailleurs à leur secours avec un superbe éditorial en leur
faveur[23], prémisse du
changement de société en cours.
1968
marque leur grand retour et le début de la fin pour Brian Jones qui
s'enfonce de plus en plus dans des addictions dangereuses et la
paranoïa. Après l'échec commercial de
Satanic, les Rolling Stones reviennent aux racines du
blues et du rock, d'abord avec le single Jumpin' Jack Flash, puis avec l'album
Beggars
Banquet. L'album, dont toute la prise de son
possède une qualité technique (Parachute
Woman, No
Expectations, Salt of the
Earth...) supérieure encore à celle du Going
Home d'Aftermath, remet les Rolling Stones en selle
avec des morceaux comme Sympathy For The Devil et Street Fighting Man qui vont asseoir leur
réputation du groupe le plus violent de l'histoire du rock et de
« greatest band of rock & roll
in the world ».
Le tournant de 1969
Brian Jones, bien que leader dès l'origine, est exclu du groupe
en 1969.
Comme le montre une des séquences du documentaire de Jean-Luc Godard réalisé en 1968,
Sympathy for the Devil, il a du mal à se
concentrer et à jouer en studio, les techniciens du son allant
jusqu'à le laisser interpréter un morceau tout en lui coupant son
micro de manière à ne pas enregistrer sur la piste de fausses
notes. Plus grave pour le groupe, ses problèmes de drogues ne lui permettaient plus de suivre le
groupe en tournée. Il meurt le 3 juillet 1969, noyé dans sa
piscine. Brian Jones participa encore un peu à l'album
Let It Bleed, aussi « violent »
que l'album précédent avec des titres tels que Gimme
Shelter, You Can't Always Get What You Want et
surtout Midnight
Rambler (qui évoque Albert
DeSalvo, l'étrangleur de Boston), qui deviendra un
classique sur scène.
Dès 1968, Keith Richards découvre une façon de
s'accorder (l'« open
tuning ») qui marquera le nouveau son des
Rolling Stones. En effet, cet accordage qui est utilisé par les
bluesmen permet aux Stones de changer leur façon de composer.
Certains pourront regretter que celui-ci appauvrisse l'aspect
mélodique de leurs chansons, d'autres salueront les innombrables
chansons qui seront le fruit de l'open tuning (Jumpin' Jack Flash, Street Fighting
Man, You Can't Always Get What You Want, Honky
Tonk Woman, Gimme Shelter, Happy, Start
Me Up pour n'en citer que quelques unes).
Le « grand retour » à la scène date de
juillet 1969, lors du concert gratuit à Hyde
Park, devant près de 500 000 personnes, le premier
depuis deux ans et demi, pour l'intronisation du nouveau guitariste
Mick Taylor, qui vient de chez John
Mayall[24] et, fait non prévu,
pour rendre un hommage à Brian Jones, décédé 2 jours plus tôt. Mick
Jagger lira à cette occasion un poème de Percy Bysshe
Shelley,
Adonais. Mick Taylor
contribuera à renforcer les racines blues des Rolling
Stones et sa participation aux albums Exile on Main Street
et Sticky Fingers marquera le retour à des compositions et
des productions plus épurées.
Altamont
À l'issue de leur tournée américaine de 1969 qui marque leur
grand retour aux États-Unis, ils décident de donner un concert
gratuit à San
Francisco ou la sécurité sera assurée par les Hells Angels, comme à Hyde Park.
Le concert aura lieu à Altamont
(Californie), mais l'aura sauvage des Stones et
la mauvaise organisation du concert se soldera par le meurtre d'un
spectateur noir,
Meredith Hunter, par des Hells Angels, somme toute assez
différents de ceux du Royaume-Uni.
Ce festival marquera la fin de l'utopie hippie (voir le
film Gimme
Shelter). La tournée américaine de 1969 sera
néanmoins immortalisée par l'album en public Get Yer Ya-Ya's
Out!, où les riffs de Keith Richards et les solos de Mick
Taylor sont d'une efficacité redoutable.
L'apogée
En 1971, les Rolling Stones sortent l'album
Sticky
Fingers avec la célèbre pochette fermeture-éclair,
dessinée par Andy Warhol.
Les références au sexe et à la drogue sont explicites, les
compositions sont excellentes (Brown sugar, Wild
horses, Bitch, Sister Morphine, Dead
Flowers ). L'arrivée de Mick Taylor donne un nouveau souffle
au groupe qui entame la même année une tournée d'adieu au Royaume-Uni. C'est en effet en exil fiscal sur
la Côte
d'Azur que le groupe enregistre et sort en 1972 son
premier double album Exile on Main
Street, que suivra une tournée triomphale en
Amérique du
Nord (STP : Stones Touring Party). Les Rolling
Stones sont alors à leur zénith. L'album est excellent même s'il ne
contient pas vraiment de hit majeur, sauf Tumbling Dice et
Happy chanté par Keith Richards lui-même. La chanson
Sweet Black Angel, est un hommage à Angela Davis, et le blues y est omniprésent.
L'album est descendu par la critique à l'époque, pour être encensé
par cette même critique 20 ans plus tard, le classant parmi les dix
meilleurs albums de tous les temps (Rolling Stone
Magazine). Le film Cocksucker
Blues tourné par Robert
Frank pendant la tournée nord américaine ne sortira pas,
car il présentait une vision trop crue du groupe (drogues,
groupies, destruction de chambres d'hôtel, scènes d'orgies dans un
avion). En 1973, l'inspiration du groupe commence à
fléchir, car Keith Richards est dépendant à l'héroïne. Ces
problèmes de stupéfiants ayant marqué les autorités françaises, le
guitariste est déclaré persona non grata dans l'Hexagone,
y privant le groupe de tout concert pendant plusieurs années.
L'album qui sort la même année, Goat's Head Soup est nettement inférieur
aux précédents. Malgré tout il devient un succès commercial grâce à
la chanson Angie. La tournée européenne qui promeut
l'album reste l'une des meilleures de leur carrière. Afin de
satisfaire les spectateurs français malgré leurs démêlés
judiciaires, les Rolling Stones et la radio RTL affrètent un train
spécial à destination d'un concert exceptionnel donné à Bruxelles : le bootleg
Brussels
Affairs reflète le son excellent de cette tournée,
les Stones sont au zénith de leurs prestations scéniques, les
prestations de Mick Taylor sont absolument fantastiques.
La période sombre
En 1974 sort
l'album It's Only
Rock'n Roll qui est le premier album produit sous
le vocable de « Glimmer Twins », surnom du duo
Jagger - Richards. L'album ouvre sur le titre If You Can't Rock
Me avec Keith Richards à la basse, suivi de Ain't Too
Proud To Beg, reprise des Temptations. On notera le morceau Time
Waits For No One, avec un solo de Mick Taylor très inspiré et
surtout le morceau soul Fingerprint File qui fait
référence aux exactions du FBI et des dictatures sud américaines. Mick
Taylor quittera, à la grande surprise de tous, les Stones après
l'album It's Only Rock'n'Roll[25] en 1974. Il sera
remplacé par Ron Wood, issu des Faces
et ayant travaillé avec Rod Stewart et
Jeff Beck (en tant que bassiste). Bien que
musicien moins accompli, il correspond mieux au reste du groupe par
son look et son esprit (très « sex, drugs &
rock'n'roll »).
Le batteur Charlie Watts lors d'un concert du groupe à
Hanovre en
2006
Dans le monumental livre Rolling Stones, Ron Wood
explique s'être longtemps senti le « petit nouveau », et
pas Stone à part entière, mais les choses changent pendant la
durable brouille de 1988 entre Mick Jagger et Keith Richards, qui
enregistrent alors en solo ; se disant qu'après tout il a
alors davantage d'ancienneté que n'importe quel membre ayant quitté
les Stones, il prend sur lui d'amener Jagger et Richards à la
réconciliation. Celle-ci se concrétisera par l'album Steel Wheels en 1989.
Les années suivantes, jusqu'au milieu de l'année 1980, seront une
période trouble. Keith Richards est dans ses addictions, la prison
et les interdictions de séjours, la mort de proches[26], doutes musicaux,
albums inégaux[27], arrivée du disco
dans leur musique avec Some Girls (1978) et les Miss
You, Beast of Burden, Respectable et autre
Shattered.
Après Emotional Rescue en 1979,
les Stones sortent l'album Tatto You en 1981, et cela, dans des conditions où Jagger
et Richards s'évitent la plupart du temps, enregistrant les pistes
à des moments différents. En ressort un titre avec un riff
fantastique, Start Me Up. D'autres titres comme Little
T&A, Tops et Waiting On A Friend sont
intéressants.
L'arrestation de Keith à Toronto en
1977, qui risque sept ans de prison, met le
groupe en péril et jette le doute sur la pérennité de la présence
du guitariste au sein des Stones. Il est sauvé in extremis
de la prison par une fan aveugle, « Blind
angel » comme l'a surnommé Keith, qui convainc le juge de
donner comme sentence un concert des Stones pour amasser des fonds
pour la cause des aveugles. Keith Richards reconnaîtra plus tard
qu'elle lui a probablement sauvé la vie.
Le sommet des troubles est atteint en 1986 avec l'album
Dirty Work, sur lequel Bill Wyman et Charlie Watts jouent
volontiers les absents[28]. Le titre de
l'album est un clin d'œil aux fans, qui connaissent les
difficultés du groupe.
Cette période sera celle ou les Stones sont
« officieusement » séparés ; Jagger et Richards
sortent tour à tour des albums solos qui obtiennent plus ou moins
de succès. Ronnie Wood et Charlie Watts s'y mettent également et
sortent des albums solos qui n'ont pas vraiment de succès.
L'éternel retour
Lors de l'intronisation du groupe au Rock & Roll Hall of
Fame à Cleveland, aux États-Unis, les deux
« Glimmer » s'évitent mais, finiront quand même
par se parler (probablement aux parties de fin de soirée)
et décideront de se revoir au cas ou la « chimie »
fonctionnerait de nouveau.
Ils synchronisent finalement leurs agendas et mettre en marche
l'album Steel Wheels; une forme de renaissance viendra
avec cet album, qui verra les Stones, à nouveau soudés, retrouver
l'inspiration et l'envie de jouer ensemble. Si les tournées se font
dans des grands stades et deviennent un vrai business
industriel[29], Keith insistera
pour pouvoir toujours jouer dans des petites salles, plus ou moins
officiellement, usant parfois de pseudonyme pour le groupe, afin de
rester près des ses fans. À titre d'exemple, l'album Stripped est enregistré en partie à
l'Olympia de
Paris et en partie au
Paradiso Club d'Amsterdam ainsi
que quelques titres en studio au Japon dans le cadre de
répétitions. Visiblement lassé de ne pas être crédité pour ses
contributions, et peut être aussi des tournées incessantes dans les
stades ou bien aussi par son avance en âge sur les autres[30], Bill Wyman quitte
le groupe le 6 janvier 1993 pour prendre sa
retraite[31]. Il forme les
Rhythms Kings, groupe comprenant des « requins de
studios », tous de ses amis, comme Peter Frampton, Albert Lee ou
Gary Brooker, et enregistre plusieurs albums
aux consonances blues et jazz. Il est remplacé par Darryl Jones, choisi par Charlie Watts, qui
amène une basse encore plus pesante que Bill Wyman et qui sied très
bien au son des Stones; Darryl Jones ne sera jamais considéré un
« vrai Stone » et ne sera pas présent sur les photos
publicitaires des Stones, bien qu'il soit très apprécié des membres
du groupe.
Un nouvel album en 1994, Voodoo Lounge, encore plus
« roots » que Steel Wheels, donne
l'impression une fois de plus que les Stones sont de retour.
Nouvelle tournée mondiale, et nouveau succès.
Les Stones sortent un nouvel album en 1997, (Bridges to Babylon), marqué par la
volonté de s'inscrire dans l'air du temps (production des Dust
Brothers, basse de Me'Shell
Ndegéocello, cosignature à l'amiable du premier single
avec K.D. Lang) tout
en gardant le son traditionnel. Cet album, plutôt moyen somme toute
[réf. nécessaire], donne l'occasion
d'une nouvelle tournée mondiale, qui durera de septembre 1997 à septembre
1998, pour reprendre de janvier à
juin 1999. Le clip du titre vedette Anybody Seen My
Baby est excellent et met en scène la très belle Angelina Jolie dans une tenue très sexy.
Pour fêter leurs quarante années de carrière, les Rolling Stones
repartent en tournée mondiale en 2002-2003. Cette
tournée, appelée Licks Tour, voit les Stones au meilleur
de leur forme depuis leurs plus grandes années de gloire
[réf. nécessaire]. Ils n'ont pas
d'album à promouvoir cette fois, sinon une compilation qui comporte
quatre titres inédits, Forty
Licks (dont Losing My Touch chanté par
Keith et le single Don't Stop). Pour cette tournée ils
répètent plus de quatre-vingt chansons tirées de l'ensemble de leur
répertoire (notamment des chansons jamais jouées sur scène comme
Can't You Hear Me Knockin). Ils en profiteront aussi pour
écumer un grand nombre de petites salles, dont de nouveau
l'Olympia de
Paris. La tournée, remarquée pour sa vigueur, le plaisir qu'ils ont
à jouer ensemble, le son et l'énergie, sera l'occasion du premier
DVD des Rolling Stones, Four
Flicks, qui donne trois concerts (à New York au
Madison Square
Garden, à Paris à l'Olympia et à Twickenham) et plus de quarante chansons.
L'album A Bigger
Bang apparaît à certains, à nouveau, comme une
résurrection. Il est en effet enregistré dans le château français
de Mick Jagger, avec de nombreux blues et des titres très
« roots », et la « patte » de Keith
Richards. Mais peinant quelque peu à se renouveler avec cet album
de plus, ils ne font pas illusion auprès d'une partie de la
critique et des fans.
Leur dernière tournée mondiale « A Bigger Bang » a
commencé le 21 aout 2005 à Boston (États-Unis). Après les étapes américaines
(Nord et Sud), asiatiques et en Océanie, un accident très médiatisé
de Keith Richards (tombé tête la première d'un cocotier) a
contraint le groupe à différer l'ouverture de la tournée
européenne, bouleversant nombre de dates et en annulant
quelques-unes. En France, deux
concerts initialement prévus au Stade de
France, furent fondus en une seule soirée le 28 juillet 2006, l'une de leurs
meilleures prestations dans l'Hexagone selon de nombreux avis. Les
Rolling Stones seront également à Nice le 8 août 2006, renouant pour
un soir au Palais
Nikaïa (stade Charles
Ehrmann) avec leurs années « Riviera ». Se
confirme aussi un retour de la tournée aux États-Unis, prévu dès septembre pour plusieurs
mois.
Cette tournée « A Bigger Bang » est d'ores et déjà
devenue la plus lucrative de l'histoire de la musique, avec depuis
l'automne 2005 des recettes de 437 millions $US et une audience de
3,5 millions de
personnes pour 110
spectacles. Le groupe a également attiré deux millions de
personnes lors du concert gratuit de Rio de
Janeiro, sur la plage de Copacabana, en
février dernier.
Ainsi depuis la sortie de Voodoo Lounge en 1994, les
Rolling Stones ont passé plus de sept ans sur scène, avec un
évident plaisir qui, même s'il n'est pas dénué de manœuvres
commerciales et de gains colossaux, démontre, s'il le fallait
encore, que le groupe représente alors, avec les Who (reformés
en 1989), le seul témoignage de l'âge d'or du rock'n'roll[32], et la preuve que
leur musique est intemporelle.
Les Stones sont considérés, avec les Beatles,
les
Who, Led Zeppelin
et quelques autres, comme des inventeurs de la musique populaire moderne. Dès leurs débuts,
ils ont tenu à catégoriser leur musique comme du Rhythm and
Blues (d'après Ray Charles,
c'était le nom donné autrefois au Rock and roll avant
qu'il ne devienne à la mode), et se réclamèrent à plusieurs
reprises de la filiation des grands bluesmen. Légendaires,
ils continuent à attirer les foules, et apparaissent lors de grands
événements, comme lors du Super
Bowl[33].
Le nom du groupe vient, en effet, d'un titre de Muddy Waters, Rollin' Stone, et non
Like a Rolling
Stone de Bob Dylan repris
par les Stones eux-mêmes pendant les tournées Voodoo
Lounge de 1995 et Licks Tour.
En décembre
2008, la ville natale de Keith Richards et Mick Jagger,
Dartford, a décidé de nommer treize de ses
rues avec le titre des chansons les plus célèbres du groupe. On
peut ainsi se balader, notamment, sur la Stones Avenue, la
Ruby Tuesday Drive ou la Satisfaction
Street[